Souveraineté numérique des infrastructures IT : comment réduire sa dépendance aux éditeurs américains ?

Il y a encore deux ans, aborder le sujet de la souveraineté technologique dans les couloirs des DSI ressemblait parfois à une posture militante ou à un débat d’idées réservé aux conférences politiques. L’open source était testé dans un coin du système d’information, par curiosité ou pour cocher une case d’innovation.

Cet été 2026, l’ambiance a radicalement changé.

De retour de notre double marathon de juin entre l’EuroCommons Day aux côtés du Groupe Caisse des Dépôts et les allées du Salon de la Souveraineté Numérique, le constat de nos équipes est sans appel : les décideurs IT ne viennent plus poser de questions théoriques. Ils cherchent des méthodes pragmatiques pour évaluer et réduire l’exposition de leur système d’information aux technologies extra-européennes.

Pour les directions informatiques, la souveraineté ne rime ni avec chauvinisme ni avec isolationnisme : c’est avant tout une démarche de gestion des risques et de résilience opérationnelle.

Dépendance IT : un enjeu qui dépasse la seule question du Cloud et des données

Quand on cherche à réduire l’emprise des acteurs américains sur son SI, le réflexe immédiat concerne généralement la couche haute : la localisation des données, l’hébergement Cloud (AWS, Azure, GCP) et les suites collaboratives. Si l’exposition au Cloud Act et aux lois d’extraterritorialité sur ces outils SaaS est désormais bien identifiée par les RSSI, la réalité de la dépendance est en fait multicouche :

  • La couche applicative et collaborative : l’accès aux e-mails ou aux documents stratégiques (Office 365) soumis à des demandes de divulgation d’autorités étrangères sans notification préalable.
  • Le risque géopolitique et de rupture de service : la possibilité qu’un service critique (paiement, authentification, connectivité) soit restreint du jour au lendemain en raison de tensions diplomatiques.
  • L’accès contrôlé à l’innovation : le contrôle unilatéral des technologies émergentes. Lors de la sortie du modèle d’IA Fable 5, l’accès a été formellement interdit aux ressortissants étrangers, y compris ceux travaillant au sein même du laboratoire Anthropic ou résidant aux États-Unis, pendant trois semaines.
  • La couche d’administration et de gestion des infrastructures IT : c’est le maillon souvent ignoré. Dépendre d’outils propriétaires ou d’éditeurs US pour orchestrer, automatiser et sécuriser ses serveurs et postes de travail crée une vulnérabilité critique. Si la couche de pilotage faiblit ou change de modèle de licence, c’est l’ensemble du SI qui devient inopérant.

La souveraineté numérique des infrastructures IT impose donc une vision globale : protéger ses données et son hébergement est indispensable, mais garantir l’indépendance de ses outils de gestion et d’orchestration l’est tout autant.

Face à ces enjeux, l’écosystème européen s’aligne enfin. Vingt ans de maturation convergent aujourd’hui vers des moyens structurants, à l’image du plan Horizon Numérique 2030 de 18 milliards d’euros porté par la Caisse des Dépôts ou du fonds de compétitivité européen. Comme le martelaient les intervenants à EuroCommons : « C’est maintenant, même si on n’est pas prêt. »

Reste la question centrale pour les équipes IT : Comment entamer cette transition vers des alternatives souveraines sans perturber l’existant ni sacrifier la productivité ?

Industrialiser la souveraineté numérique des infrastructures IT

Pour réduire durablement sa dépendance sans complexifier son architecture, l’écosystème européen doit éviter le piège de la fragmentation. Réinventer la roue avec des scripts internes ou des briques sur mesure recrée de la dette technique. La réponse réside dans des solutions standards, open source et éprouvées à l’échelle.

Voici comment cette démarche d’émancipation s’opère concrètement sur le terrain à travers trois chantiers prioritaires.

1. Le chantier du Desktop : manager Linux et s'affranchir d’Active Directory

C’est un axe majeur de réduction de dépendance pour de nombreuses administrations et entreprises : sortir de l’hégémonie Windows sur le poste de travail. Mais remplacer le système d’exploitation ne suffit pas ; le vrai défi réside dans la gestion du parc. Comment appliquer l’équivalent fonctionnel des GPO (Group Policy Objects) à l’échelle sur un environnement Linux sans alourdir le quotidien des équipes Ops ?

Rudder apporte la couche d’orchestration et de gestion de configuration nécessaire pour piloter ces parcs hétérogènes de manière centralisée, offrant le même niveau de contrôle et de sécurité qu’un écosystème propriétaire, l’indépendance en plus.

2. Automatisation : reprendre le contrôle de sa gestion de configuration

Pendant longtemps, l’automatisation des serveurs a été déléguée à des solutions américaines. Cependant, les revirements stratégiques récents, notamment l’arrêt par Puppet de la distribution open source de son produit ont rappelé le risque qu’il y a à s’adosser à des modèles de licences modifiables unilatéralement.

Les récents événements, et particulièrement l’arrêt de Puppet Open-Source, sont un levier majeur pour permettre à la tech européenne de reprendre sa place dans l’innovation. Choisir un outil européen n'a rien de chauvin : c’est du pur bon sens au service de la résilience.

Assurer la souveraineté numérique des infrastructures IT, c’est faire le choix d’outils d’automatisation déclaratifs et ouverts, garantissant aux entreprises qu’elles resteront maîtresses de leur socle technique sur le long terme.

3. SecOps et hygiène cyber : passer du contrôle ponctuel au maintien en condition de sécurité (MCS)

En matière de conformité, s’appuyer sur des audits ponctuels expose le SI au Configuration Drift (la dérive des configurations) : votre infrastructure est conforme le jour de l’évaluation, mais s’écarte des standards de sécurité au fil des opérations quotidiennes.

Une approche souveraine du SecOps implique de lier directement l’analyse et la remédiation en continu :

  • Audit et remédiation intégrés : au-delà du simple constat d’anomalies (qui génère des rapports complexes sans action directe), il est essentiel d’auditer et de corriger les failles (patchs, CVEs, benchmarks CIS) depuis une interface unique.
  • Granularité et contrôle opérationnel : activer chaque contrôle individuellement, en mode audit ou en mode remédiation automatique, permet de faire progresser le niveau de sécurité à son rythme sans risquer d’interrompre les services métier.
  • Contrôle continu de l’hygiène cyber : c’est cette combinaison qui permet de maintenir l’alignement avec les référentiels de sécurité (ex. benchmarks CIS) dans le temps, garantissant une maîtrise réelle et constante du système d’information.

Concrètement, Rudder traduit ces exigences dans une interface intuitive : vous pouvez y déployer directement votre propre PSSI ou appliquer des référentiels clés en main comme les benchmarks CIS. Que ce soit en mode Audit (pour évaluer la conformité) ou en mode Enforce (pour la remédiation automatique), la solution permet de durcir vos systèmes en profondeur tout en conservant une visibilité synthétique grâce à des tableaux de bord de supervision clairs.

Un modèle open source et pérenne au service de la résilience

La recherche d’indépendance technologique n’est pas une réaction improvisée : elle s’appuie sur des modèles d’ingénierie mûrs et durables.

Depuis 15 ans, Rudder développe une plateforme d’automatisation de la sécurité des infrastructures open source, française et autofinancée. Cette indépendance juridique et financière garantit la mise à disposition d’un outil transparent, auditable et totalement interopérable, éliminant tout risque de verrouillage propriétaire. C’est cette continuité qui permet aujourd’hui à Rudder de sécuriser les infrastructures critiques d’acteurs de premier plan comme  BMW Group, la Banque de France ou Eutelsat.

Par ailleurs, faire le choix d’une architecture déployable on-premise protège l’organisation contre les évolutions tarifaires imprévues des modèles SaaS (telles que la facturation d’options IA intégrées d’office). Les directions informatiques conservent ainsi la double maîtrise de leur technique et de leurs budgets.

Réduire la dépendance de son SI aux acteurs extra-européens ne relève plus d’une contrainte théorique : c’est la condition indispensable pour bâtir une infrastructure IT agile, sécurisée et pérenne.

Vous cherchez à évaluer la dépendance de vos infrastructures ou à structurer une trajectoire de migration vers des solutions souveraines ?

Questions fréquentes

Faut-il privilégier un déploiement on-premise pour maîtriser le budget d'infrastructure ?

Le choix d’une architecture informatique déployable on-premise permet aux directions informatiques de conserver la maîtrise de leurs budgets en évitant les évolutions tarifaires imprévues imposées par les modèles d’abonnement Cloud SaaS. Ces augmentations soudaines surviennent notamment lors de l’intégration d’office d’options payantes basées sur l’intelligence artificielle. Un hébergement sur site garantit ainsi une double maîtrise technique et financière des infrastructures critiques. 

L’arrêt par l’éditeur Puppet de la distribution open source de son produit rappelle le risque stratégique majeur de s’adosser à des modèles de licences modifiables unilatéralement pour l’automatisation des serveurs. Déléguée pendant longtemps à des acteurs américains, l’infrastructure devient vulnérable en cas de modification des conditions d’utilisation. Pour garantir la résilience, le choix d’outils d’automatisation déclaratifs et ouverts européens assure aux entreprises de rester maîtresses de leur socle technique.

Le mode Audit évalue la conformité des infrastructures aux référentiels de sécurité, tandis que le mode Enforce applique une remédiation automatique pour corriger immédiatement les failles et durcir les systèmes. L’activation individuelle de chaque contrôle dans l’outil Rudder permet d’intégrer les benchmarks CIS ou une PSSI à son propre rythme. Cette gestion granulaire évite la dérive des configurations sans risquer d’interrompre les services métier des entreprises. 

L’interdiction d’accès au modèle d’intelligence artificielle Fable 5 illustre le contrôle unilatéral exercé par des acteurs étrangers sur les technologies émergentes et l’accès restreint à l’innovation stratégique. Lors de sa sortie, le laboratoire Anthropic a formellement interdit l’accès aux ressortissants étrangers pendant trois semaines, y compris aux collaborateurs résidant aux États-Unis. Cet épisode démontre que la dépendance technologique dépasse le simple stockage des données. 

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Image de Robinson Maigné

Robinson Maigné

Passionné des enjeux cyber, Robinson Maigné accompagne les organisations pour transformer leurs contraintes en leviers stratégiques.

Ingénieur généraliste de formation, il intervient aujourd'hui comme Ingénieur Solutions chez Rudder. Son approche ? Une écoute attentive des besoins opérationnels pour proposer des stratégies d'automatisation de la conformité sur mesure

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Pour en savoir plus sur ce module, consultez la page gestion des configurations et des patchs.